Multimedia Art Museum, Moscow | Exhibitions | Le Dégel, Russie 1954-1964

Le Dégel, Russie 1954-1964

Victor Akhlomov.
L’aube. La jeunesse près du GUM. 1964.
Collection Multimedia Art Museum, Moscow Mikhail Trakhman.
Le 4ème Festival international de la jeunesse et des étudiants à Moscou. 1957.
Collection Multimedia Art Museum, Moscow Vladimir Lagrange.
Les promus des écoles de Moscou à la Place Rouge. 1962.
Collection Multimedia Art Museum, Moscow Dmitry Baltermants.
La Place Arbatskaya. Sur le banc. 1958.
Collection Multimedia Art Museum, Moscow Semyon Fridland.
Educatrice avec enfants, années. 1950.
Collection Multimedia Art Museum, Moscow Robert Diament.
Devant la vitrine. 1954.
Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Victor Akhlomov. L’aube. La jeunesse près du GUM. 1964. Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Mikhail Trakhman. Le 4ème Festival international de la jeunesse et des étudiants à Moscou. 1957. Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Vladimir Lagrange. Les promus des écoles de Moscou à la Place Rouge. 1962. Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Dmitry Baltermants. La Place Arbatskaya. Sur le banc. 1958. Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Semyon Fridland. Educatrice avec enfants, années. 1950. Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Robert Diament. Devant la vitrine. 1954. Collection Multimedia Art Museum, Moscow

Paris, 8.01.2015—29.01.2015

exhibition is over

Théâtre de la Ville / ECAM

2, place Viсtor Hugo, Kremlin-Bicêtre, France

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As part of RUSSENKO 2015 festival

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For the press

Le dégel khrouchtchévien marque une époque particulière de l’histoire de la Russie du XX-e siècle. C’est la mort de Joseph Staline en 1953 qui le déclanche et il reste associé au nom de Khrouchtchev, à la tête de l’Etat à cette époque (1953-1964). La période de dégel est connue avant tout pour les changements survenus alors dans la vie politique de l’URSS : critique du culte de la personnalité de Staline et des répressions des années 1930, libération des détenus politiques, liquidation de l’archipel du Goulag, affaiblissement du pouvoir totalitaire, libéralisation du régime et démocratisation de la vie publique en général. Le nom si lyrique et métaphorique donné à cette période a été emprunté au titre d’une nouvelle d’Ilia Erenbourg et exprime avec précision l’atmosphère qui régnait alors : enthousiasme général dans l’attente de changements.

Contrairement aux période précédentes et à celles qui suivirent, l’Union Soviétique s’ouvre au monde occidental : en 1957 se tient à Moscou le VI Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, quinze jours de fête pendant lesquels dans une ambiance de relative liberté les jeunes de plus de 130 pays peuvent communiquer, échanger des informations, des idées et des opinions.

Parralèlement à l’essor de l’agriculture et de l’industrie et aux succès foudroyants dans le domaine des programmes spaciaux, la vie intellectuelle connaît également un renouveau aussi bien dans les sciences techniques et humaines que dans les activités créatrices. C’est à cette époque que l’on voit se développer différents cercles et clubs, se propager les conférences publiques et les débats. Les nouvelles tendances emportent rapidement dans leur courant les arts figuratifs, le théâtre, la poésie et la prose. Le style architectural change et se tourne vers une plus grande simplicité, vers les masses, on redécouvre les leçons du modernisme international. La télévision et les médias, le cinéma et la photographie se développent aussi.

Le terme de " dégel " ne se rapporte pas uniquement au climat social. Le dégel touche également la sphère " privée " : tout ce qu’on avait l’habitude de cacher, de ne pas laisser sortir de chez soi s’ouvre au public. On pourrait dire que le dégel est une période romantique : on voit apparaître un nouveau type de héros, personnage romantique, espérant tout de l’avenir et brûlant de transformer le monde en un monde meilleur.

Toutes ces caractéristiques transparaissent avec évidence dans l’évolution du style des photos présentées à l’exposition : de 1950 aux années 1960 on voit le style officiel idéalisé, proche du réalisme socialiste, se transformer en un style plus intimiste, personnel et touchant. Ce qui change, ce sont non seulement les sujets mais aussi la charge émotionnelle des photos. La photographie soviétique de cette époque fait écho aux tendances de l’art photographique occidental de l’époque précédente : la photographie humaniste française et le néoréalisme italien. Citons parmi les maîtres de la photo qui illustrèrent cette époque Vsevolod Tarassevich, Dmitry Baltermants, Viktor Akhlomov, Vladimir Lagrange, Valéry Guendé-Rote, Lev Borodulin et beaucoup d’autres.

Les oeuvres de Dmitry Baltermants qui dirigea pendant de nombreuses années le service photo de l’hebdomadaire Ogoniok, sont du genre poster et se distinguent par leur caractère tape-à-l’oeil. Les photos de Vsevolod Tarassevich de l’Agence de presse Novosti, destinées à donner une image de l’Union Soviétique dans les pages du magazine paraissant en anglais Soviet Life, sont au contraire délicatement lyriques. L’oeuvre de Viktor Akhlomov, maître reconnu du reportage photographique qui travaillait pour le journal Izvestia, respire l’optimisme. Lev Borodulin est à juste titre considéré comme un maitre inégalé de la photographie sportive : ses photos frappent par la qualité de la composition de l’image et l’art de saisir " le moment décisif ". Vladimir Lagrange, reporter de la chronique photographique de l’Agence TASS, mérite d’être qualifié de romantique. Quant à Valéry Guendé-Rote qui fait aussi ses débuts à la Chronique photographique de l’Agence Tass, il a su donner des portraits justes et originaux de ses contemporains — cosmonautes, hommes d’Etat, scientifiques, artistes, musiciens, chanteurs et danseurs.

Différents mais proches par leurs sujets et l’atmosphère générale, travaillant pour des organisations et des publications diverses, ils surent creer de leur époque une image complexe, parfois ambigüe, mais entière et riche. Bien que le libéralisme d’alors s’avéra incohérant et la période de changements céda bientôt la place à une nouvelle période de stagnation, ces années restent dans la mémoire des générations comme une époque lumineuse et lyrique. Modelée par une génération pleine de talent qui fut formée par elle, cette époque a laissé un héritage qui nourrit jusqu’à présent la culture russe.